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Défense

75 ans de l'Otan: un sommet dominé par l'Ukraine et les tensions politiques aux Etats-Unis et en France

L'Otan se retrouve à partir de ce mardi à Washington, pour un sommet, après 75 ans d'existence, censé confirmer son soutien à l'Ukraine, mais dominé par le climat d'incertitude politique aux Etats-Unis et en France.

Du 9 au 11 juillet prochain, les 32 membres de l’Alliance Atlantique fêteront les 75 ans de cette organisation lors du sommet de Washington. L'Otan a été créée en avril 1949 pour répondre à la menace soviétique.

Vu le contexte international, cette rencontre ne sera pas sous le signe de la fête, mais de l'incertitude avec les élections américaines qui pourraient conduire au retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

L'ombre de Trump plane sur l'Ukraine

La menace pèse sur la continuité du soutien militaire à l'Ukraine de la part des Etats-Unis qui sont le premier donateur. La guerre est enlisée depuis plusieurs mois et la récente offensive de la Russie sur des villes confirme l'urgence de fournir des systèmes de défense aérienne. Le président ukrainien participera à ce sommet pour défendre sa cause. Il ne s'agit pas de devenir membre de l'Otan, mais d'avoir la certitude de continuer à poursuivre l'aide militaire. Depuis février 2022, les 32 pays membres ont contribué à hauteur de dizaines de milliards de dollars.

Depuis des mois, Volodymyr Zelensky alerte sur le besoin criant de systèmes de défense antiaérienne. Il réclame sept systèmes Patriot en plus de ceux déjà donnés par les Etats-Unis, l'Allemagne, et les Pays-Bas. La Russie a tiré profit des failles en lançant des frappes dévastatrices sur les civils et l'infrastructure du pays, tout en pilonnant les troupes ukrainiennes sur le front.

Ces systèmes sont d'autant plus nécessaires qu'ils doivent protéger les F-16 qui doivent arriver en Ukraine ces prochains mois. Récemment, la Russie a lancé des attaques sur des bases aériennes ukrainiennes comme pour prévenir de la menace qui va peser sur les F-16 lorsqu'ils seront au sol.

Les Etats-Unis envisagent de donner un nouveau système Patriot à l'Ukraine. Sans fournir de détails, Joe Biden a promis lundi "de nouvelles mesures pour renforcer la défense antiaérienne de l'Ukraine". Washington serait en discussion avec Israël pour transférer jusqu'à huit systèmes Patriot en Ukraine, selon plusieurs médias américains.

La France, un problème pour l'Europe et l'Ukraine?

En France, acteur clé de la défense européenne, le climat n'est pas plus serein depuis la dissolution de l'Assemblée nationale. Emmanuel Macron se rendra mercredi et jeudi dans la capitale américaine alors que le flou demeure sur le futur gouvernement. Si l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite n'est plus à l'ordre du jour, on ne sait toujours pas qui gouvernera le pays dans les mois qui viennent.

C'est dans ce contexte tendu qu'Emmanuel Macron se rend à Washington pour faire face à des pays qui peuvent s'interroger sur la continuité de l'aide française à l'Ukraine. Sur ce point, les partis qui composent le Nouveau Front populaire (NFP) -arrivé premier mais sans majorité- ne sont pas sur la même longueur d'onde.

Face à Duhamel : Julien Aubert - Ukraine : Macron va-t-il trop loin ? – 30/05
Face à Duhamel : Julien Aubert - Ukraine : Macron va-t-il trop loin ? – 30/05
17:19

Si la victoire de l'extrême droite interrogeait du fait des relations des dirigeants du RN avec le pouvoir russe, une éventuelle participation de la gauche au gouvernement, pose question sur les dépenses militaires. Le scénario d'une grande coalition incluant macronistes, droite et gauche modérées pourrait rassurer Kiev, mais l'inquiétude reste que si aucun accord n'est trouvé, la France sera ingouvernable.

Pour Claudia Major, experte à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin, une France bloquée serait "un problème pour l'Europe, pour l'agenda de réformes, l'Ukraine (...) tout!".

"Ce qu'on attend d'Emmanuel Macron à Washington, c'est qu'il rassure les autres alliés", résume Claudia Major, experte à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) à Berlin.

À ces craintes, s'ajoutent celles sur un président américain affaibli par l'âge, la santé et les appels pressants de son camp à sortir de la course à sa réélection et le spectre d'un possible retour de Donald Trump et de son "imprévisibilité". A quatre mois du scrutin, Joe Biden doit prouver qu'il est non seulement capable de battre son rival républicain Donald Trump, mais aussi de gouverner la première puissance militaire mondiale.

Il devra aussi rassurer les dirigeants des 32 pays de l'Otan, même si un porte-parole de la Maison Blanche a assuré lundi ne "pas déceler de signe" d'inquiétude de la part des membres de l'organisation concernant Joe Biden.

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama avec AFP Journaliste BFM Éco