Atos pousse ses créanciers à choisir entre Daniel Kretinsky et David Layani
C’est à la fois étonnant et de circonstance. À trois jours des élections européennes, Atos appelle aussi ses créanciers à voter. L’administratrice judiciaire, qui gère la conciliation entre le groupe de services informatiques et ses prêteurs a, selon plusieurs sources, envoyé un formulaire à l’ensemble des fonds d’investissement et banques qui portent les 4,9 milliards d’euros de dettes.
Depuis plusieurs jours, Hélène Bourbouloux ne parvient pas à départager les partisans de David Layani et Daniel Kretinsky, les deux candidats à la reprise d’Atos. Pourtant, le camp du fondateur de Onepoint martèle qu’ils ont emporté l’adhésion de la majorité des créanciers porteurs d’obligations, qui pèsent la moitié de la dette, soit 2,4 milliards d’euros.
Pression sur le conseil d’administration
Dans son document officiel publié lundi, Onepoint assure que les signataires de cet accord représentent 36% des fonds obligataires et qu’il discute avec d’autres pour augmenter ce taux à 60%.
"Nous avons aussi des banques étrangères qui nous suivent, assure un proche de David Layani. La moitié de tous les créanciers sont derrière nous."
Commerzbank et Barclays seraient prêtes à rejoindre David Layani. Même assurance du côté des fonds obligataires: "ils ont rejeté l’offre de Daniel Kretinsky", promet un de leur représentant.
Un discours destiné à mettre la pression maximale sur le conseil d’administration d’Atos qui se réunit une nouvelle fois mercredi soir. Et qui semble agacer jusqu’au sommet du groupe. Contactée, la direction n'a pas souhaité commenter.
"Les vrais signataires ne sont pas nombreux, assure un proche du groupe. Les autres font la girouette entre Layani et Kretinsky pour faire monter les enchères."
En face, Daniel Kretinsky est suivi par la plupart des banques françaises et espère rattraper quelques établissements étrangers comme Unicredit et ING. Mais là encore, certaines sont mouvantes comme Natixis ou la Société Générale. "Je n’ai jamais vu une situation aussi instable", s’étonnent plusieurs protagonistes.
Fixer la position des créanciers
Cette incertitude ne plait pas à l’administratrice judiciaire, Hélène Bourbouloux, qui a envoyé à tous les créanciers ce questionnaire pour qu’ils se positionnent. Selon plusieurs sources, chacun doit "privilégier un candidat mais dire aussi s’il est prêt à suivre le camp d’en face". L’objectif est de compter les votes, départager les camps et surtout et tester la véritable opposition des créanciers envers les deux candidats. Afin de pouvoir former une "majorité" prête à rejoindre l’un des deux candidats. Mis à part BNP Paribas qui refuse de rejoindre David Layani, aucun autre n’a, pour le moment, manifesté une prise de position aussi radicale.
Le milliardaire tchèque tente toutefois de rallier les créanciers qui hésitent encore. Selon plusieurs sources, il a amélioré une nouvelle fois son offre de reprise d’Atos. Le montant de dette qu’il souhaite effacer, environ 75%, n’a pas été modifié: il n’en conserverait qu’environ 1,3 milliard d’euros. En revanche, selon plusieurs sources, il leur a proposé de récupérer jusqu’à 20% du capital d’Atos en cas de redressement du groupe et au-delà d’un certain retour sur investissement pour lui.
Mercredi en fin de journée, plusieurs sources estimaient qu’Atos ne serait pas en position de trancher lors de son conseil d’administration du soir. Beaucoup parient sur un nouveau report à lundi prochain pour choisir entre David Layani et Daniel Kretinsky.