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Elections Législatives 2024

Chaos chez LR, accord à gauche, prise de parole de Macron... Ce qu'il faut retenir de cette folle journée politique

Les Républicains continuent de se déchirer, tandis que la gauche semble progresser en vue d'une union. Trois jours après l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, les alliances et les désunions continuent au sein de la classe politique française.

Trois jours après l'annonce d'Emmanuel Macron d'une dissolution de l'Assemblée nationale et de la convocation de législatives anticipées, la classe politique est en ébullition. Alliances, trahisons, disputes, accords... Les rebondissements sont nombreux et se multiplient jour après jour. Voici ce qu'il faut retenir de cette journée du mercredi 12 juin.

• Éric Ciotti exclu des Républicains

Au sein des Républicains, le temps de l'union sacrée autour de la figure d'Éric Ciotti, élu président du parti fin 2022, est bien loin. En un peu plus de 24 heures, le député des Alpes-Maritimes s'est attiré les foudres des ténors de LR, des cadres du parti, et d'une partie des militants.

Le Maralpin a ouvert les hostilités ce mardi 11 juin. Invité du 13h de TF1, il a pris son parti de court en annonçant une "alliance" avec le Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Dans la soirée, Éric Ciotti et le RN parviennent même à un accord pour investir ou soutenir "des dizaines" de députés LR, dont des sortants.

En réaction, les cadres du parti ont convoqué un bureau politique qui s'est tenu à 15 heures ce mercredi. À l'ordre du jour: l'exclusion d'Éric Ciotti. Elle a finalement été décidée "à l'unanimité", en l'absence du député des Alpes-Maritimes.

La gouvernance du mouvement gaulliste est désormais assurée par la députée Annie Genevard, secrétaire générale du mouvement, et François-Xavier Bellamy, vice-président et tête de liste lors des élections européennes.

"Les Républicains présenteront des candidats aux Français dans la clarté et l'indépendance" pour les élections législatives, a assuré Annie Genevard à l'issue de la réunion, alors que la Commission nationale d'investiture a été "reconduite dans sa forme actuelle".

Le parti a ainsi décidé de réinvestir tous leurs députés sortants aux législatives anticipées, à l'exception d'Éric Ciotti, et de Christelle D'Intorni, proche du Maralpin et également favorable à une alliance avec le Rassemblement national.

• "Je suis et je reste président": Éric Ciotti rejette la décision de son parti

Malgré les annonces de LR, la crise ouverte persiste au sommet. Moins de dix minutes après l'annonce du bureau politique du parti, auquel il n'a pas assisté, Éric Ciotti a contre-attaqué.

"La réunion organisée cet après-midi a été mise en oeuvre en violation flagrante de nos statuts. Aucune des décisions prises à cette réunion n'emporte de conséquence légale", a-t-il écrit sur un message posté sur le réseau social X, allant même jusqu'à menacer son parti de "conséquences pénales".

Contre vents et marées, le patron continue de s'accrocher à son siège. "Je suis et reste le président de notre formation politique, élu par les adhérents", a-t-il ajouté.

Invité sur le plateau de CNews dans la soirée, Éric Ciotti a assuré avoir "très majoritairement la confiance des militants" LR. Il a par ailleurs assumé son choix d'alliance: "Il faut ouvrir un chemin nouveau, ma famille politique était tiraillée (...) et j'ai décidé de donner un coup de pied dans la fourmilière".

Pour l'heure, impossible de dire si d'autres députés LR vont finalement choisir l'investiture du Rassemblement national, au détriment de leur parti. Éric Ciotti a, lui, évoqué un premier chiffre: "autour de 80". Le psychodrame risque de continuer jusqu'au 7 juin.

• Emmanuel Macron persiste et signe

Tandis que la droite continue de se déchirer, Emmanuel Macron a pris la parole ce mercredi, à l'occasion d'une conférence de presse, initialement prévue la veille. Durant cette longue intervention, le chef de l'État s'est attelé à justifier son choix de dissoudre l'Assemblée nationale.

En premier lieu, il a avancé le "blocage qui empêchait inéluctablement le gouvernement d'agir", faute de majorité absolue, qui "a rendu l'action moins lisible et ne nous a pas permis de bâtir des coalitions durables". Ensuite, le score record du Rassemblement national aux européennes, très loin devant la liste de la majorité, "un fait politique majeur qu'on ne saurait ignorer".

Par conséquent, selon Emmanuel Macron, la dissolution était la seule voie pour permettre "la clarification des choses". "Le retour au peuple souverain est la seule décision républicaine", a-t-il martelé.

Quid des alliances qui commencent à se dessiner, entre les LR et le RN d'un côté, entre les partis de gauche de l'autre? Des "bricolages d'appareils", des alliances "contre-nature" des "deux extrêmes", a balayé le président, qui a estimé que, depuis son annonce, "les masques tombent et la bataille des valeurs éclate au grand jour".

"La droite tourne le dos en quelques heures à l'héritage du général de Gaulle, de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy", a-t-il fustigé à propos de l'alliance LR et le RN. "Léon Blum doit se retourner dans sa tombe", a-t-il dénoncé, cette fois à propos du "nouveau Front populaire" à gauche. Lui prône un rassemblement de ceux qui "auront ensemble su dire non aux extrêmes", "avant ou après" les législatives. "

"Si je pensais que j'avais tout bien fait, je ne serais pas là devant vous aujourd'hui, je n'aurais pas fait de dissolution", a-t-il souligné, dans un début de mea culpa.

• La gauche poursuit vers l'union

La gauche, de son côté, semble avancer en vue d'une union. Après avoir annoncé mardi la création d'un "nouveau Front populaire", les discussions se poursuivent entre le PS, le PCF, LFI et EELV.

Réunis dans la soirée au siège des Écologistes, les partis de gauche ont finalement trouvé un accord très tard dans la nuit pour se partager la quasi-totalité des 577 circonscriptions, en vue des législatives anticipées.

Comme en 2022, ce sont les insoumis qui présenteront le plus de candidats. Mais le nombre de circonscriptions réservées aux socialistes augmente fortement par rapport à ce que l'accord électoral de la Nupes avait prévu pour eux lors des dernières élections législatives.

La France insoumise aura 229 candidatures, le Parti socialiste 175, les Écologistes 92 et le Parti communiste français 50. Restera au PS et à Place publique, le petit parti de Raphaël Glucksmann, qui avaient fait alliance pour les élections européennes, à se répartir entre eux les circonscriptions. Dans la précédente législature, Place publique ne comptait pas de député.

"Cet accord acte la progression des socialistes mais n'oublie pas la présidentielle", a expliqué le député LFI Paul Vannier alors que Raphaël Glucksmann a obtenu aux européennes 13,8% des voix, quatre points devant les insoumis.

Quant à l'incarnation, la question est plus floue. Jean-Luc Mélenchon s'est dit "capable" de devenir Premier ministre en cas de victoire de son camp, mais il a assuré qu'il ne voulait pas "imposer son nom". "Nous avons dans nos rangs de quoi faire", a-t-il ajouté.

Les négociations programmatiques, elles, semblent avancer plus lentement. La guerre en Ukraine, le nucléaire, l'antisémitisme, la guerre Israël-Hamas... Autant de dossiers qui ont largement divisé la gauche ces derniers mois et sur lesquels il faut désormais se mettre d'accord. À suivre donc.

• Divorce entre Éric Zemmour et Marion Maréchal

Dans la lignée de ce qu'il se passe chez Les Républicains, rien ne va plus chez Renconquête. Marion Maréchal, tête de liste aux européennes, a fait part de son "souhait ardent" de s'allier avec le Rassemblement national, initialement plutôt favorable.

Puis, mardi, le parti de Jordan Bardella a fait volte-face, pointant les trop nombreuses "invectives" d'Éric Zemmour lors de la campagne présidentielle, et qui a annoncé vouloir présenter des candidats Reconquête contre le RN. Dans un énième coup de théâtre, Marion Maréchal a finalement tourné le dos à Éric Zemmour, appelant les militants Reconquête à voter ce mercredi pour les candidats soutenus par le Rassemblement national aux législatives.

"Présenter des candidats de Reconquête dans les circonscriptions législatives, c'est prendre le risque infini de faire gagner des députés macronistes ou d'extrême gauche", a-t-elle affirmé lors d'un point presse, refusant de "participer à une énième division des droites".

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Elle a surtout fustigé la "faute" du président de Reconquête. Dans la foulée, Jordan Bardella, a rapidement salué "une déclaration responsable qui va dans le sens d'une dynamique patriote pour gagner et pour agir demain", dans un message posté sur X.

Finalement, invité ce mercredi soir sur le plateau de BFMTV, Éric Zemmour s'est dit "écoeuré et blessé" des propos tenus par Marion Maréchal, avant d'annoncee son exclusion de Reconquête. "Elle s'exclut d'elle-même du parti", a-t-il encore lancé, évoquant un "record du monde de la trahison."

Fanny Rocher