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Dernière manche entre David Layani et Daniel Kretinsky pour la reprise d’Atos

Le fondateur de Onepoint négocie seul avec une partie des créanciers du groupe de services informatiques. Mais le milliardaire tchèque tente de revenir en force avec une ultime réunion vendredi après-midi.

David Layani essaie de garder l’avantage dans le match pour la reprise d’Atos. Le fondateur de Onepoint fait la course en tête depuis mercredi, il discute seul avec une partie des créanciers du groupe de services informatiques. Il s’agit de fonds d’investissement qui portent 2,4 milliards d’euros d’obligations, soit la moitié de la dette totale de 4,9 milliards d’euros. L’autre moitié étant entre les mains de banques.

Seulement trois fonds sont leaders de ce groupe: D.E. Shaw, Fidera et Boussard & Gavaudan qui pèsent près d’un milliard d’euros. Selon son entourage, David Layani négocie aussi avec quelques banques étrangères, comme Santander et Commerzbank. La banque allemande est celle qui pèse le plus avec une créance d’environ 300 millions d’euros.

"Nous sommes désormais incontournables", explique un de ses proches qui veut croire à un accord d’ici la fin du week-end.

Selon nos informations, Atos prévoit de réunir son conseil d’administration vendredi, samedi et dimanche, avant de rendre sa décision publique lundi matin.

Quelle place pour le fondateur de Onepoint?

David Layani est offensif. Lors de son "grand oral", mercredi dernier, il s’est aligné sur la demande des créanciers. Il propose désormais de n’effacer plus que 2,8 milliards d’euros de dettes contre 3,2 milliards initialement. En "offrant" cet effort aux créanciers d’Atos, il a dû consentir à diminuer sa part au capital. Il devrait ainsi détenir environ 25-30% du capital, plutôt que 30-35%, avec son allié Walter Butler. Les deux hommes doivent investir 350 millions d’euros.

En convertissant leurs obligations en capital, ces créanciers d’Atos auront un peu plus d’un tiers du capital. "Layani n’est pas maître du jeu, assure un bon connaisseur du dossier. Ce sont les créanciers qui reprennent la boite, avec lui." Ils discutent aussi avec le fondateur de Onepoint de la future gouvernance d’Atos.

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Les créanciers soufflent le chaud et le froid sur la place de David Layani. Ils refusent qu’il soit PDG comme il l’avait présenté dans son offre. Il sera donc chapeauté par un président.

"Il a vocation à être directeur général pour définir la stratégie, assure un représentant des créanciers. Mais ce n’est pas lui qui réalisera la restructuration."

Sa partenaire, Helen Lee Bouygues, pourrait devenir responsable des opérations pour mener le redressement d’Atos. Elle est associée à David Layani depuis six mois et siège, à ses côtés, au conseil d’administration du groupe en tant que représentante de Onepoint, qui détient 11% du capital. Elle est connue pour avoir déjà travaillé sur les restructurations de Conforama ou CGG.

Vendredi encore, des créanciers étaient encore hésitant avec ce schéma de gouvernance. "Certains ne veulent pas que David Layani dirige Atos, assure un proche du groupe. Et regardent déjà un recrutement extérieur." Un schéma alternatif qui le conduirait à n’être présent qu’au conseil d’administration.

Réunion de la dernière chance pour Daniel Kretinsky

En face, Daniel Kretinsky joue le match avec son style de jeu en "fond de court". Ce vendredi après-midi, il doit passer un nouvel oral devant le conseil d’administration d’Atos et l’administratrice judiciaire, Hélène Bourbouloux. Il va présenter ses derniers efforts financiers.

Selon nos informations, les créanciers obligataires refusent désormais de discuter avec lui. Ils n’étaient d’ailleurs pas présents à sa présentation, mercredi, alors que Daniel Kretinsky avait lui-même présenté son projet. Le milliardaire tchèque a tenu un discours plutôt noir et pessimiste sur la situation d’Atos afin de "réveiller les créanciers qui ne réalisent pas à quel point la société va mal", selon un de ses proches.

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Daniel Kretinsky a amélioré son offre financière, comme BFM Business l’a révélé, sur trois principaux points. Il a notamment lâché un peu de lest sur l’effacement de la dette, jugé bien trop lourd par les créanciers d’Atos. Il propose désormais de la réduire de 3,7 milliards d’euros, contre 4 milliards d’euros jusqu’ici. "C’est un système complexe qui dépend des fonds que les créanciers réinvestissent à ses côtés, décrypte une source présente à cette réunion. Ils récupèreront un peu d’argent mais surtout, leurs prêts gagneront une garantie sur les actifs d’Atos, ce qui les valorisera mieux."

Les banques hésitent encore

L'offre de l'homme d'affaires tchèque présente toutefois une annulation de dette de près d’un milliard de plus que celle de David Layani. "Mais il investit deux fois plus que lui", rétorque une source proche d’Atos plutôt favorable à son projet. Daniel Kretinsky est prêt à investir 700 millions d’euros de capital, contre 600 auparavant.

Mais mercredi dernier, il a surtout tenté de séduire les créanciers en partageant avec eux les plus-values. Il propose désormais de leur rendre 50% des bénéfices d’une vente de filiale, contre 40% jusqu’ici. Ce versement se déclencherait à partir d’un seuil inférieur à 1,25 milliard d’euros, celui qu’il avait fixé dans sa première offre. Le retour aux créanciers passerait même à 60% voire 70% pour des plus-values plus importantes.

"Sa connaissance du dossier et son diagnostic sur la situation réelle d’Atos ont semé le doute chez certains créanciers", assure un protagoniste.

Les banques françaises sont sensibles à son projet, plus solide financièrement, alors qu’elles vont continuer à "perfuser" Atos jusqu’à la fin de l’année. La plupart reste toutefois silencieuses sur leurs intentions. Sauf BNP Paribas qui, la semaine passée, a tapé du poing sur la table en s’opposant à l’offre de David Layani, la jugeant trop risquée. Mercredi encore, la banque a mis en garde le conseil d’administration d'Atos et Hélène Bourbouloux sur le niveau de dette trop élevé de l’offre du fondateur de Onepoint.

"BNP a expliqué qu’il ne faudra pas venir la chercher dans un an si Atos est de nouveau en défaut, résume un protagoniste. Atos ne peut pas fonctionner sans banque", s’agace un proche de BNP.

Un coup de pression sur lequel va encore s’appuyer Daniel Kretinsky ce vendredi après-midi. "Nous ne mettons de pression à personne, nous donnons notre vision du dossier", répond sobrement son entourage. Son camp va tenter de retourner les créanciers en emportant les banques avec lui. La Banque centrale européenne (BCE), le plus important créancier d’Atos, avec 500 millions d’euros d’obligations, "se rangera derrière le vainqueur", assure un poids lourd du dossier.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business