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Endométriose, PMA, fausse couche... Carrefour va offrir des jours de congés à ses salariées

Carrefour va octroyer 12 jours de congés supplémentaires par an aux femmes qui souffrent d'endométriose. C'est la première grande entreprise en France à s'emparer du sujet.

Douleurs, fatigue chronique, l'endométriose peut impacter la vie professionnelle. On estime qu'une femme sur dix environ souffre de cette maladie gynécologique inflammatoire et chronique, qui peut se manifester par des règles abondantes et des douleurs violentes. Un sujet de moins en moins tabou dans les entreprises qui proposent parfois d'adapter les horaires, ouvrent des salles de repos ou favorisent le télétravail quand c'est possible.

Carrefour va plus loin en offrant 12 jours de congés supplémentaires sous certificat médical. Une mesure qui s'inscrit dans un vaste plan en faveur de l'inclusion et de l'égalité salariale. Le distributeur va octroyer également 3 jours aux femmes qui ont fait une fausse couche et un jour d'absence pour celles qui ont recours à une PMA.

Un engagement fort de la part de la direction pour aider les femmes à gérer leur vie professionnelle sans entrave. C'est en tout cas le premier grand groupe à sauter le pas en France et il pourrait faire des émules. Jusqu'à présent, seules quelques collectivités ou PME comme le fabricant de meubles Louis Design proposent un congé menstruel.

Un enjeu de santé publique

"Depuis que l'endométriose a été déclarée enjeu de santé publique par le gouvernement en janvier 2022, il y a une vraie prise de conscience des services RH", explique la présidente de l'association EndoFrance. Yasmine Candau est déjà intervenue pour des opérations sensibilisation chez Promod, Lacoste, Kiko Milano, Decathlon, SNCF, Air France, CFDT Cadres, Carrefour, Clarins, Allianz par exemple.

"PME ou grands groupes, on sent une volonté d'agir", relate-t-elle. Une stratégie "gagnant-gagnant" en permettant le maintien dans l'emploi des personnes atteintes d'endométriose.

Un dispositif à généraliser pour des députés écologistes qui vont présenter, le 26 mai prochain à l'Assemblée nationale, une proposition de loi pour mettre en place un congé menstruel en France. C'est déjà le cas dans d'autres pays. Il a été adopté par nos voisins espagnols le 16 février dernier, les premiers en Europe, ainsi que par des pays comme le Japon et la Corée du Sud. Le principe: pouvoir s'absenter du travail en cas de règles douloureuses sans perte de salaire.

Un risque de discrimination à l'embauche?

Une disposition qui ne va pas de soi pour les organisations patronales. Le Medef n'est pas convaincu et explique qu'une telle mesure "enverrait l'image que les femmes ne peuvent pas occuper les mêmes postes que les hommes". À la CPME, même son de cloche. Un congé supplémentaire pour certaines pourrait entraîner une "désorganisation" au sein des petites entreprises. En outre, pointe sa vice-présidente à l'AFP, Stéphanie Pauzat, "les femmes ne vivent pas toutes cette période des règles de la même manière, celles qui en ont besoin peuvent se faire arrêter" par un médecin. Des associations féministes s'inquiètent également d'un éventuel retour de bâton. Créer un congé menstruel pourrait se traduire par des discriminations à l'embauche à l'encontre des femmes. Carrefour qui emploie 40.000 femmes en France assure pourtant que ce congé accordé à quelques-unes n'est pas de nature à désorganiser le planning.

Hélène Cornet