INFO BFM BUSINESS. Le numéro deux du Club Med démissionne, son propriétaire Fosun enclenche un bras de fer
Cette fois, la crise éclate au Club Med. Selon nos informations, le numéro deux du groupe, Michel Wolfovski a démissionné, vendredi 24 mai, de ses fonctions de directeur général adjoint. Son départ intervient après plusieurs mois de tensions avec le propriétaire chinois, Fosun. Son remplacement n’est, pour le moment, pas annoncé.
Mais sa démission révèle au grand jour le bras de fer, qui se jouait jusqu’ici en coulisse, entre le groupe français et son actionnaire. Le directeur général, Henri Giscard d’Estaing, se retrouve désormais isolé. Il est encadré par les deux principaux dirigeants de Fosun.
Le président Xu Xiaoliang est aussi celui du Club Med. Et depuis le début de l’année, le directeur financier du géant chinois, Choi Yin On, occupe le même poste au sein du groupe français. Ces fonctions étaient pilotées par Michel Wolfovski qui avait ainsi déjà perdu un peu de pouvoir. Contactée, la direction du groupe français n’a pas souhaité faire de commentaire.
De son côté, Fosun confirme que le conseil d'administration du Club Med a reçu la démission de Michel Wolfovski de ses fonctions de Directeur général adjoint du Club Med le 17 mai. "Il s'agit d'une évolution naturelle d’une direction, effectuée dans le respect des procédures légales. Comme dans toutes les autres entreprises, les changements de dirigeants sont nécessaires pour se préparer aux opportunités futures. Les opérations de la société se poursuivent et Fosun continuera de soutenir le développement commercial du Club Med à l'échelle mondiale", précise le groupe.
La vente à la famille Maus est suspendue
"La situation est tendue depuis plusieurs mois, car Fosun cherche à intervenir dans la gestion du Club, explique une source proche du dossier. Ils ont besoin d’argent alors qu’ils n’ont pas réussi à ouvrir le capital de l’entreprise". Ces derniers mois, le groupe chinois avait en effet entamé des discussions avec la famille Maus, propriétaire de Lacoste, pour lui vendre 30% du capital du Club Med. Une opération dont il espérait récupérer 600 millions d’euros.
Mais les Suisses ont rapidement manifesté leur intention d’aller plus loin et de racheter la totalité du capital du "Club". Refus catégorique de Fosun qui ne veut pas lâcher sa pépite très rentable, acquise de haute lutte il y a dix ans.
"Les négociations ne sont plus d’actualité", confirme une source proche du groupe.
Pourtant, l’ouverture du capital était aussi privilégiée par l’emblématique patron Henri Giscard d’Estaing qui souhaitait "diversifier l’actionnariat" du groupe, selon un de ses amis. Une manière aussi de desserrer l’emprise de Fosun. Aujourd’hui, en interne, certains dirigeants craignent une gestion très financière de Fosun pour remonter davantage de cash, au-delà des quelque 80 millions d’euros de dividendes qu’il perçoit chaque année.
Fosun affiche une dette de 40 milliards de dollars
Le conglomérat chinois connait des difficultés financières depuis le Covid. Sa dette de 40 milliards de dollars est insupportable. Il s’est engagé à vendre 11 milliards de dollars d’actifs, notamment à travers Thomas Cook, la banque portugaise Millenium BCP ou le sidérurgiste chinois Nanjing Iron & Steel. Sa prise de pouvoir intervient à un moment où les résultats du Club Med s’envolent.
Ils ont atteint un niveau record avec un résultat opérationnel de 174 millions d’euros, en hausse de 64% en 2023. Surtout, sa trésorerie est deux fois plus élevée qu’avant le Covid, à 100 millions d’euros. "Le Club n’est pas endetté donc ça laisse à Fosun une marge de manœuvre pour remonter du cash", conclut un bon connaisseur du dossier.