INFO BFMTV. Attentat d'Arras: le terroriste présente des "troubles psychiques à haut risque"
C’est une expertise qui était attendue par l’ensemble des parties en lien avec l’attentat d’Arras. Selon nos informations, un expert-psychologue vient de rendre son rapport après avoir interrogé Mohammed Mogouchkov, l’auteur des coups de couteau qui ont entraîné la mort de Dominique Bernard, professeur de français au lycée Gambetta d’Arras, le 13 octobre dernier.
Dans les conclusions de ce document, en date du 12 février dont BFMTV a pu prendre connaissance, l’expert près de la cour d’appel de Lyon estime que l’auteur présumé de l’attentat d’Arras, placé en détention provisoire à la prison de Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne) "présente à ce jour des troubles psychiques à haut risque, mêlant problématique narcissique et positionnements à tonalité paranoïaque. On note une dangerosité criminologique et psychopathologique élevée, Mohammed Mogouchkov ne faisant preuve d’aucun mouvement de débat interne, d’autocritique ou d’approche de ses défaillances internes".
Dans ce document, l'expert-psychologue indique aussi d’emblée que "le parcours de Mohammed Mogouckov est marqué par un processus migratoire complexe".
"Un positionnement idéologique islamiste radicalisé"
Né à Malgobek en Ingouchie, -une république de la Fédération de Russie-, Mohammed Mogouchkov est arrivé en France, à l’âge de 5 ans, en 2008, avec sa famille, avant de déménager à plusieurs reprises jusqu’à son arrivée à Arras en 2014.
L’expert évoque aussi "un déracinement identitaire", et décrit "un groupe familial étant marqué par la prédominance d’un positionnement idéologique islamiste radicalisé porté par le père de famille". Le père du terroriste d’Arras a été expulsé de France en 2018, ce qui semble, là aussi, avoir joué un rôle dans l’attaque perpétrée par son fils.
"L’histoire familiale est marquée en 2018 par l’expulsion du père de France", note le psychologue.
Et de poursuivre: "cet événement traumatique présente alors une tonalité abandonnique au regard de l’autorité massive et d’incarnation de la loi portées par ce père. De manière probablement signifiante, cet événement serait survenu alors que Mohammed Mogouchkov est scolarisé au lycée d’Arras, lieu où il organise par la suite son passage à l’acte, dans un retour à un événement traumatique historiquement et géographiquement localisé".
"Passé à l’acte dans un moment de toute-puissance radicalisée"
Deux autres éléments datés ont, pour le même expert, eu un impact sur le comportement futur de celui qui a également blessé trois autres personnes lors de son passage à l’acte au sein du lycée Gambetta.
"En 2020, le groupe familial aurait également été marqué par une demande de divorce de la mère, processus participant de l’exacerbation d’un vécu de trahison généralisé chez ce dernier associé à un délitement identitaire et narcissique", pointe encore l’expert, avant de mettre en exergue que "les vécus abandonniques de Mohammed Mogouckov et ses mouvements d’effondrement interne semblent alors avoir été retournés de manière vengeresse, hostile et rétorsive en une volonté d’attaque et de destruction d’un environnement incarné par la démocratie, la République française et la laïcité".
Au cours de sa garde à vue, ce dernier avait notamment expliqué s’en être pris à Dominique Bernard parce qu’il était "prof de français, de lettres. C’est l’une des matières où on transmet la passion, l’amour, l’attachement du système en général, de la République, de la démocratie, des droits de l’Homme, des mécréants, des Français".
"Il semble être passé à l’acte dans un moment de toute-puissance radicalisée et vengeresse associé à son imprégnation mimétique et totale vis-à-vis du discours salafo-djihadiste de l’État islamique, ajoute l’expert. On note des éléments de probable aggravation de ses angoisses et de son été psychique en 2020 du fait tout d’abord de la crise sanitaire puis du fait de la demande de divorce de sa mère".
Le contexte du 7 octobre
Le même évoque "le contexte géopolitique et l’attaque du Hamas sur l’État d’Israël", le 7 octobre 2023, comme ayant "pu participer à une levée des freins psychiques et comportementaux encore présents", chez Mohammed Mogouchkov qui a été a été mis en examen pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", "tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes".
Le terroriste présumé avait précisé, toujours pendant sa garde à vue, avoir "planifié" son attaque "avant le 7 octobre".
"Le niveau d’angoisse sociétale générée par ce type d’événement associé à des revendications territoriales, identitaires et religieuses a pu potentialiser chez Mohammed Mogouchkov le déclenchement de ses agirs meurtriers", avance le psychologue.