Intempéries : pourquoi la baisse de la production de blé n'aura pas d'impact sur les prix
Le printemps pluvieux aura profondément affecté l'agriculture française. La production de blé tendre, par exemple, devrait chuter cette année de près de 15%, selon les prévisions d'Intercéréales, le représentant de la filière française.
En cause, les multiples problèmes posés par l'excès d'eau : les semis ont pris du retard du fait des champs inondés, et certains agriculteurs ont même dû planter au printemps plutôt qu'en hiver par manque d'accès à leurs terres - d'autres préférant l'orge par la même occasion.
Des terres particulièrement touchées par les inondations, comme le Nord, ont vu leurs surfaces exploitables décroître de façon importante cette saison. Les baisses de productions les plus fortes sont recensées dans les Pays de la Loire (-22,7%) ou en Nouvelle-Aquitaine (-10,9%).
L'eau apporte également des problèmes de fécondation, et un nombre plus important de mauvaises herbes. Les maladies se répandent plus vite. Le temps n'ayant pas non plus été optimal au moment de la levée, les épis sont de mauvaises qualités, peu remplis en grains et donc peu rentables.
"Si on a 30% du blé que l'on récolte habituellement d'habitude, ce ne sera pas si mal au vu de l'état des récoltes" témoigne ainsi à BFMTV Didier Barbarit, agriculteur à Vieillevigne en Loire-Atlantique.
En tout, les surfaces de blé ont baissé de 7,7% par rapport à 2023, et la production devrait tourner autour des 29 millions de tonnes, soit 6 de moins que l'année dernière (-15%). C'est la troisième fois seulement que la récolte ne dépasse par les 30 millions, en vingt ans (après 2016 et 2020). Concernant les rendements, l'indicateur clé, le nombre de quintaux par hectare, indique une baisse de 5,3% sur un an.
Un impact minime sur les prix
Ce blé est utilisé dans l'alimentation humaine, pour les farines et donc les pains, mais aussi dans l'alimentation animale ou pour l'industrie, notamment grâce à l'utilisation de l'amidon.
Mais les mauvaises productions françaises n'auront pas d'impact sur les prix à la consommation.
L'impact au stade de la consommation est extrêmement limité. Le prix du blé est marginal dans le prix du pain", souligne Philippe Chalmin, économiste et président fondateur de CyclOpe.
En outre, la France dispose de stocks - ils sont même à des niveaux records, flashés à 3,7 millions de tonnes en mars par FranceAgriMer, soit en hausse de 47% sur un an. Le tout, grâce à une baisse de la demande animale, et à des ralentissements de la demande en Algérie et en Chine, ainsi que des exportations vers le reste de l'UE, concurrencées par l'Ukraine.
D'autres marchés, comme la Russie (60 millions de tonnes par an), l'Inde (100 millions) ou la Chine (130 millions), affectent la capacité de la France à exporter. La concurrence se serait même renforcée cette année, selon une étude du ministère américain de l'Agriculture, du fait des productions en hausse en Argentine, ou en Australie.