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"Expliquer qu'on est toujours en Ligue 1": Casino entame son renouveau

Les actionnaires du groupe sont réunis ce mardi matin à Paris pour une assemblée générale inédite, la première de la nouvelle ère après le rachat par Daniel Kretinsky. Le passé, le présent et le futur de Casino vont s'y entrechoquer.

C’est un exercice particulier auquel vont se prêter les nouveaux dirigeants de Casino, mardi matin, à la Maison de la Mutualité, à Paris. Ils vont tenter de dresser les contours et les perspectives du nouveau groupe, délesté de la quasi totalité de son parc de grandes surfaces, devant les actionnaires, dont la plus grande partie ont vu leur participation complètement diluée dans la restructuration financière qui a été opérée. 

Selon nos informations, il y a moins d’inscrits que les années précédentes pour cette assemblée générale. Parmi les participants, il y aura en revanche des représentants syndicaux, qui ont acheté des actions pour pouvoir être là. Il n’y a pas de perturbation prévue, comme ce qu’on a pu voir à la récente assemblée générale de Carrefour. "On n’y va pas dans cet esprit-là", explique Didier Marion, porte-parole de l’intersyndicale. Mais il n’exclut pas une prise de parole, en fonction de ce qui leur sera présenté par les nouveaux patrons.

"On attend que cette direction se présente devant les actionnaires avec un réel plan pour les salariés qui restent", résume-t-il.
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"La tension est à son paroxysme"

Les attentes sont énormes. Les discussions ont commencé dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Dans le pire des scenarii, plus de 3.000 postes pourraient être supprimés. S’estimant mal informé par la direction du groupe, le Comité social et économique central (CSEC) de Distribution Casino France (DCF) a interjeté appel de la décision du tribunal de commerce de Paris, qui avait validé cet hiver le plan de sauvegarde des repreneurs. D’après un communiqué de ce CSEC, les débats doivent reprendre au tribunal le jeudi 27 juin. "La tension est à son paroxysme", selon une source syndicale.

"Je comprendrais qu’il y ait des gens qui expriment leur mécontentement", estime un bon connaisseur du groupe. 

Pour autant, dans le discours qu’il va prononcer ce mardi matin, à la Mutualité, le nouveau directeur général, Philippe Palazzi, n’a pas prévu de dérouler son plan stratégique. "Ce sera pour l’automne", selon plusieurs sources proches du dossier. Il doit plutôt donner sa "vision" du distributeur, dont il veut faire un champion de la proximité, avec les enseignes Monoprix, Franprix ou encore les Petit Casino…

Pour cela, il compte notamment travailler sur les prix. La nouvelle équipe a notamment détecté "200 références" avec des prix dits "assassins", qu’elle compte déréférencer, selon une source. Elle ne pourra probablement pas s’aligner sur ce que proposent les enseignes indépendantes comme E.Leclerc ou Intermarché, mais elle compte compenser en misant sur la proximité et en développant tout un tas de services.

"Il faut qu’on explique qu’on est toujours en Ligue 1!", résume une source proche du dossier, qui précise que pour la nouvelle direction, il n’est toutefois "pas question de fanfaronner".

"Il faut être objectif" sur la situation, abonde une autre source, qui salue tout de même "la qualité du dialogue social" mis en place par les équipes de Philippe Palazzi. Selon elle, l’objectif pour le directeur général et le président du conseil d’administration, l’ancien ministre Laurent Pietraszewski, va être de "parler de demain". 

Jean-Charles Naouri dans le viseur d’actionnaires 

Au cours de cette assemblée générale, il sera également question du passé, avec au programme des résolutions, notamment "l’acceptation de la rémunération totale et des avantages de toute nature versés au cours de l’exercice 2023 ou attribués au titre du même exercice" à Jean-Charles Naouri. L’ancien patron, sorti par la petite porte fin mars, plus de 30 ans après en être devenu le premier actionnaire, reste aussi dans le viseur de certains actionnaires. 

Ainsi, en fin d’année dernière, une partie des héritiers de la famille Guichard, fondatrice de Casino, a déposé plainte contre X, notamment pour manipulation de cours, et contre Jean-Charles Naouri pour abus de biens sociaux. Lassé d’attendre que cela aboutisse, l’un des descendants, Théodore Guichard, a engagé une demande de constitution de partie civile.

"On est convaincus de la solidité de ce qu’on apporte et on veut démontrer que Monsieur Naouri et X ont sciemment emmené le groupe dans le mur", explique-t-il à BFM Business.

S’il espère que "la nouvelle équipe dirigeante va être bien pour les salariés" et que le nom du groupe Casino et son histoire seront préservés, ce pharmacien du sud-ouest de la France, toujours actionnaire, ne sera pas présent à la Mutualité ce mardi matin. Preuve de plus, s’il en faut, qu’une page est réellement tournée. 

Pauline Tattevin