Législatives: la dissolution de l'Assemblée nationale fragilise un peu plus le marché immobilier
Ces dernières semaines, les bonnes nouvelles arrivaient après des mois de grisaille dans le monde de l'immobilier. Mais ces signes d'embellie ont été coupés net par la situation politique française. L'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale a provoqué une hausse des taux d'intérêt de la dette de l'État français, l'OAT à échéance 10 ans. Concrètement, on est passé d'environ 3% d'intérêt avant l'annonce à 3,20% 3,25% ponctuellement ces derniers jours.
Cela s'est un peu calmé depuis mais c'est le témoignage de l'inquiétude des investisseurs face au marasme politique ambiant. Or les banques se fixent notamment sur le niveau de cet OAT pour fixer leurs propres taux d'intérêt pour nos crédits immobiliers. En dehors d'une crise inflationniste, nos taux de crédit sur 20 ans sont traditionnellement d'environ 0,8 à 1 point supérieur au niveau de l'OAT. Si on suit cette logique nos taux moyens d'aujourd'hui devraient donc plutôt osciller autour de 4%, voire plus.
D'ailleurs, Sandrine Allonier, porte-parole de Vousfinancer nous précise: "La dissolution et le changement potentiel de gouvernement est une mauvaise nouvelle pour le marché dont il n’y a que peu de choses positives à attendre. Les marchés n’aiment pas l’incertitude, ni les gouvernements extrêmes, comme en témoigne la remontée des taux d’emprunt d’Etat qui a suivi l’annonce de la dissolution, remontée qu’il y avait déjà eu par le passé lors par exemple de la crainte d’une second tour entre l’extrême droite et l’extrême gauche".
Une grande banque nationale a ainsi annoncé au courtier prévoir une hausse des taux de 0,30 point dans les prochains jours… Une mauvaise nouvelle pour les emprunteurs.
Sandrine Allonier ajoute que les taux de l'OAT pourraient à nouveau augmenter à l’issue du 1er tour, et au 2e tour aussi et de façon plus durable si un parti qui n’a jamais gouverné arrive au pouvoir
Période d'attentisme
Car en effet, pour l'instant, c'est un peu tôt pour que les banques s'alignent. C'est plutôt l'issue des élections qui pourrait véritablement influencer les marchés à plus long terme, ainsi que la politique qui sera menée en termes d'emploi et de salaire en cas de coalition et de cohabitation. Il faudra également suivre dans le détail le débat puis le vote de la prochaine loi de finances pour 2025.
Le logement et l'immobilier pourraient dans ce cadre-là être directement concernés. APL, dispositifs fiscaux pour les investisseurs, IFI, aide à la rénovation… Tous ces sujets-là, particulièrement clivants, sont traités dans le cadre du budget de la France. Notez également une incertitude sur l'interdiction des passoires thermiques à la location. Une grande partie de la droite et du RN est favorable à un décalage, voire une suspension du calendrier. Autant d'incertitudes qui pourraient ralentir les prises de décision de certains propriétaires.
Eric Allouche, directeur exécutif du réseau ERA Immobilier, abonde: "La dissolution inattendue de l’Assemblée nationale par le Président de la République a pour conséquence directe la remise en question des rares projets de réformes qui étaient en discussion, en particulier celui de la portabilité des prêts immobiliers, qui étaient envisagés". Et il ajoute: "Après les élections législatives, la problématique restera la même pour le prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur politique : comment pallier au déficit de construction de logements ? Et, d’une manière générale, comment permettre de fluidifier l’accès au logement et dynamiser ce secteur qui nous concerne tous ?"
L'attentisme, un risque majeur
L'attentisme des Français est le plus grand risque sur le marché immobilier. Or, à chaque période électorale majeure, les présidentielles et législatives, les transactions immobilières font une petite pause. La pause risque d'être d'autant plus brutale qu'elle n'était pas anticipée et que le marché reste affaibli. Tant les acheteurs que les vendeurs pourraient vouloir attendre la mise en place des mesures annoncées, comme le PTZ à 100.000 euros ou l'exonération des frais de notaire, avant de prendre des décisions pour leurs biens immobiliers.
Arnaud Romanet-Perroux - Directeur général d’Upstone, témoigne: "Avec cette dissolution, les investisseurs en crowdfunding entrent dans une phase d'attente et de doute. Comme lors de l'élection de Mitterrand en 1981 où certains attendaient la fin du capitalisme libéral, le marché s'est figé avec une perspective d'effondrement de l'immobilier. A l’heure actuelle, aucune mesure ne me semble aller clairement dans le sens de l’industrie de la construction et de l'accès au logement".