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Un "choc d'incertitude": avec l'instabilité politique, les patrons dans le flou

La dernière note de conjoncture de la Banque de France témoigne d'une hausse de l'indicateur d'incertitude basé sur les retours de 8.500 chefs d'entreprise entre fin juin et début juillet.

Les chefs d'entreprise n'avaient pas ressenti une telle incertitude depuis la crise énergétique consécutive à la guerre en Ukraine il y a deux ans. Dans sa note de conjoncture publiée mercredi, la Banque de France met notamment en avant son indicateur d'incertitude construit sur l'analyse des commentaires de quelque 8.500 patrons entre le 26 juin et le 3 juillet.

Il en ressort que le contexte politique de cette période à cheval sur l'entre-deux-tours des élections législatives consécutives à la dissolution de l'Assemblée nationale a provoqué un regain d'incertitude auprès des chefs d'entreprises.

Et aucun secteur n'est épargné, de l'industrie au bâtiment en passant par les services marchands. En revanche, c'est dans le secteur tertiaire que la remontée est la plus spectaculaire puisque l'indicateur d'incertitude y atteint un plus haut depuis début 2021 marqué par le troisième confinement.

Une différence qui se matérialise dans l'activité économique des trois secteurs au mois de juin. Si celle-ci a rebondi dans le bâtiment et l'industrie grâce à un "effet rattrapage" sur mai et ses jours fériés, elle ralentit significativement dans les services et pourrait même être en repli au mois de juillet dans certains segments comme le travail temporaire ou le transport routier de marchandises et l'entreposage.

Attentisme des clients, report d'investissements et gel d'embauches

Invité au micro de Franceinfo jeudi matin, François Villeroy de Galhau a évoqué ce nouveau "choc d'incertitude" qui succède au choc d'inflation dont sort tout juste l'économie française. "Les chefs d'entreprise que nous interrogeons nous disent leur inquiétude sur l'attentisme de leurs clients qui préféreraient épargner que consommer, sur le report de leurs investissements et sur le gel de leurs embauches", explique-t-il. Le gouverneur de la Banque de France cite notamment les retours d'entrepreneurs corses des secteurs du tourisme et du BTP qu'il a rencontrés ces derniers jours lors d'un déplacement sur l'île de Beauté: "Ils m'ont tous dit cela."

"Ce serait un choc très négatif pour l'économie et l'emploi."

Afin de réduire ces incertitudes ressenties par les chefs d'entreprise face à un flou persistant autour de la composition du prochain gouvernement, François Villeroy de Galhau appelle à "dire la vérité et reconnaître les exigences du réel": une réalité économique que la Banque de France peut selon lui "contribuer à éclairer". "Si nos concitoyens ont envoyé un message fort dans cette élection, c'est leur souci d'être mieux respectés et considérés", souligne le gouverneur de la banque centrale française.

Timothée Talbi